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La vie de château... sans sacrifier à l'esprit d'aventure.

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appel aux contributions de tous horizons sur les sujets de l'exclusion, l'aventure éducative ou la créativité sociale, bref    ...tout sujet qui fera débat ou avancer le schmilblick.

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11 raisons de se réjouir de l'essor des nouvelles technologies

Publié le 3 novembre 2016 à 9:30 Comments commentaires (0)

que les non anglophones veuillent bien nous excuser, cet article n'est pas encore disponible en français :

https://medium.com/@cdixon/eleven-reasons-to-be-excited-about-the-future-of-technology-ef5f9b939cb2#.eqhfjk5jb

Créativité

Publié le 22 septembre 2016 à 3:45 Comments commentaires (0)

 

En observant sur un plateau télé Natascha Kampusch, cette jeune autrichienne gardée plus de 10 ans en captivité dans un sous sol, on ne peut s'empêcher d'admirer sa force morale pour avoir traversé une si longue épreuve et en même temps s'interroger sur ses motivations à répondre à autant d'interviews avec la même timidité un peu inhibée comme si chaque question était autant d'épreuves à prolonger.

 

Quelle que soit l'intelligence et la force de caractère, les traumatismes de la vie fragilisent notre rapport au monde et rendent d'autant plus laborieux le cheminement vers sa propre identité. Dans cette quête de soi, la créativité semble en effet être LE muscle à travailler pour mieux accéder à sa vérité intérieure et de là reconstruire une confiance en soi pour une démarche constructive d'auto-réalisation, en accord avec ses valeurs profondes.

C'est une démarche éminemment personnelle certes mais pour laquelle il n'est pas vain de proposer des outils d'accompagnement et de mise en abyme de sa propre expérience.

 

A cet effet, le projet de l'association genevoise Accroche parait d'un intérêt tout particulier que n'auront pas manqué de relever les nombreuses structures sociales qui ont répondu à son invitation de participer à un espace interinstitutionnel pour encourager les synergies. http://www.accroche.ch/

 


Rendez-vous Emploi

Publié le 21 septembre 2016 à 15:55 Comments commentaires (0)

decriptif d'un atelier emploi mis en place dans le cadre des activité du Club Social Rive Droite géré par le Service Social de la Ville de Genève


contexte

 

Hormis la précarité, une grande caractéristique de la clientèle du Club Social Rive Droite est sans doute le désoeuvrement, dont l’aspect non choisi peut pour certains être un important facteur de découragement.

 

Proposer un RV emploi chaque mercredi matin est parti de l’idée d’offrir un repère dans le temps, qui permette de structurer la semaine et de favoriser la mobilisation autour du projet de recherche d'un emploi ou une activité.

 

demandes

 

Après quelques rendez-vous, la diversité des demandes a rapidement permis de distinguer 2 types de profils :

 

- les personnes sans permis ne disposent d’aucune ressource et leur projet consiste à gagner rapidement un peu d’argent pour (sur)vivre et parfois aussi, entretenir la famille restée au pays. Le travail au noir touche essentiellement les métiers de la restauration, l’agriculture, le bâtiment ainsi que le marché domestique.

 

- les résidants suisses bénéficient en général d’une prise en charge sociale par le chômage, l’hospice général ou encore l’assurance invalidité. Leur demande est plus complexe à appréhender et nécessite au préalable de bien identifier les objectifs implicites.

 

principes

 

En général, après avoir entendu les demandes, je rappelle que la prestation n’a pas pour objet de proposer des embauches mais avant tout de parler et échanger sur les difficultés rencontrées par chacun dans ses démarches pour chercher du travail. Je prends le temps d’expliquer que la situation en Suisse comme ailleurs a beaucoup changé, que la récession touche aussi les personnes suisses et qualifiées. Selon le parcours et les motivations du demandeur, cette discussion permet de donner une image plus réaliste des difficultés à venir et vise à déculpabiliser les gens face à leur « inutilité » ressentie…

 

Eventuellement et lors d’entretiens individuels, nous évaluons avec les personnes qui le souhaitent leur employabilité en fonction du cv, de l’expérience mais aussi de leur débrouillardise (que traduit la facilité d’expression, ou une capacité à se faire coopter par des personnes bien intégrées, etc.)

 

 

fonctionnement

 

Bien que la grande majorité des embauches se fasse hors annonces, l’affichage chaque mercredi d’une sélection de petites annonces permet de garder une trace visible du RV emploi pendant le reste de la semaine. Le premier critère retenu est la disponibilité sur l’annonce d’un numéro de téléphone. Les sites internet www.espace-emploi.ch et pour les offres du secteur agricole www.zannonces.ch permettent d’imprimer entre 3 et 10 pages de nouvelles offres chaque mercredi matin. Dans la Tribune de Genève, je privilégie les offres contenant un numéro de téléphone. Le plus souvent dans le secteur de la restauration où le turn over est très fort.

 

évaluation

 

1. participation

Entre 2 et 10 personnes chaque mercredi matin. Mais la clientèle continue d’interpeler sur ce thème les autres jours de la semaine.

 

2. utilisation des outils

Le téléphone est l’outil le plus sollicité par les clients. Il me semble avantageux de pouvoir utiliser le sans fil le mercredi matin, depuis la table du RV emploi. Bien utilisé, il reste l’outil le plus efficace pour chercher du travail. Certaines personnes ont besoin d’être un peu coachées sur ce point.

 

L’ordinateur en salle est régulièrement mis à contribution pour les cv, lettres ou flyers. L’accès à internet est très utile pour trouver des renseignements.

Enfin, une petite sélection de publications spécialisées sur le thème de la recherche d’emploi peut intéresser quelques personnes. Je recommande le manuel du Cabinet Porot à Genève (voir sur Google), qui est très complet.

 

3. demandes d’infos

Encore assez souvent, des personnes viennent au RV emploi demander du travail.

Beaucoup, consultent par curiosité la sélection des annonces affichées.

La rédaction d’un CV est une demande fréquente. Personnellement j’invite les demandeurs à investir dans leur CV la mise en perspective d’un projet par rapport à leur parcours. En revanche, je les encourage à plus compter sur leurs démarches de prospection et de construction d’un réseau relationnel que sur le CV proprement dit.

 

4 - 5. discussions de groupe / échanges d’infos

De façon générale, c’est en faisant circuler l’information que l’on augmente les opportunités. Outre les qualifications et les recommandations, le plus important c’est être au bon endroit au bon moment. Ou autrement dit, avoir la bonne information qui permette de rencontrer la bonne personne.

 

6. feed-back spontané

Il m’a semblé que même les personnes les plus autonomes et débrouillardes pour chercher du travail, peuvent avoir besoin d’un dépositaire de leurs efforts et résultats.

 

 

 

 

 

 

 

- proposer un repère dans la semaine à une population majoritairement désoeuvrée.

- encourager à la réinsertion sans stigmatiser les personnes qui n’en ont plus les moyens.

- offrir une prestation inexistante pour certains, en particulier les sans papiers.

- permettre un regard sur le rapport au travail des personnes les plus exclues du système.

 

Eléments de la prestation

 

1. Accueil et information : ce qu’est le « rv emploi » et ce qu’il n’est pas.

Il est un moment de rencontre consacré au thème du travail, l’occasion de s’exprimer sur les difficultés croissantes du marché de l’emploi et la nécessité de développer de nouvelles stratégies.

Il n’est pas une agence de placements.

 

2. Selon les personnes présentes, on choisira de privilégier des entretiens individuels ou au contraire une dynamique de groupe. Dans ce cas, faire des équipes de maximum 4 personnes et si nécessaire, proposer d’autres rendez-vous plus tard dans la journée ou dans la semaine.

 

3. Interroger, évaluer, reformuler les demandes de façon à ce qu’elles soient claires et précises.

Toutes les personnes n’ont pas la même employabilité. C’est une question de profil (formation et expérience), mais aussi d’opportunités. Par ailleurs, les parcours de vie, les motivations ainsi que la lucidité des personnes sur leur situation joueront pour beaucoup sur leurs chances d’intégration ou de réinsertion, car c’est bien de cela dont il s’agit.

 

4. Identifier les requêtes spécifiques qui peuvent donner lieu à un traitement immédiat ou collectif : téléphone, correction de cv, photocopie, rédaction d’une lettre de candidature, préparation à un entretien. L’utilisation du téléphone en groupe est une source d’émulation. Un cv peut servir d’exemple ou une question juridique concerner plusieurs personnes.

 

5. S’il n’y a pas de demande précise autre que le besoin de trouver du travail, la lecture des annonces permet de commenter le marché de l’emploi et ses obstacles.

Le marché ouvert (annonces) ne représente que 20% des embauches. Le marché fermé, recrutements internes, recommandations, etc : 80%. D’où la nécessité de se constituer un réseau.

 

6. Les enjeux sont très différents selon que la personne a des papiers ou non.

De façon un peu réductrice, certes, on peut considérer que pour les personnes assistées, le travail donne du sens à leur vie. Il est un acte de réinsertion.

 

Tandis que les personnes sans papiers, sont plus dans des situations d’urgence. Trouver du travail (au noir et donc peu rémunéré) devient presque un acte de survie.

Par ailleurs, la possibilité d’envoyer de l’argent à leur famille restée au pays est très souvent un élément essentiel de l’estime de soi.

7. Organiser des discussion-débats favorisant le partage d’informations et les échanges d’expérience. L’utopie de ce rendez-vous étant de favoriser une culture de solidarité entre les habitués du lieu et que le panneau d’affichage soit peu à peu autogéré.

 

8. Nombreux sont ceux qui cherchent du travail pour gagner de l’argent rapidement. A ces personnes il faut expliquer/confirmer que aujourd’hui, la société a changé et que le travail est devenu rare. Que la recherche d’un emploi est presque une compétence en soi.

 

Dans l’idéal, chacun devrait élaborer une stratégie (formation, stages, bénévolat, constitution de dossier, démarches spontanées) à court, moyen et long terme, en fonction de ses objectifs et de son profil.

 

9. Chez Bouby, nous disposons d’une demi douzaine de postes auxiliaires pour le service de midi. Ce sont des occupations bénévoles et dont le taux d’activité, quelques heures par jour ou quelques jours par semaine, est librement choisi. Bien que non payés, ces emplois sont très appréciés. Ils sont valorisant, permettent d’appartenir à une équipe et d’apprivoiser peu à peu les contraintes d’un engagement.

 

10. Rédaction d’un mémo sur la relation entre notre clientèle et le travail dont, bien souvent, l’absence est au cœur du sentiment d’exclusion.

Tendances actuelles à la rebureaucratisation

Publié le 21 septembre 2016 à 14:25 Comments commentaires (0)

Expliquer les tendances actuelles à la rebureaucratisation

Travail d'étudiant fourni dans le cadre d'un cours en Sociologie des Organisations donné par Eugène Enriquez à HEC Genève en 2005


Où l’on suggère qu’il y aurait eu une bureaucratisation, qu’elle aurait disparu et que aujourd’hui on peut observer une tendance à son retour  ???

Oui, pourquoi pas  ? cela semble évoquer la bureaucratie critiquée des vieilles administrations, qui depuis a fait place d’ailleurs à des modèle de gestion bien plus modernes basés sur la participation, la motivation, la mobilisation par objectifs, etc.

Mais alors, …s’il fallait observer un retour de la bureaucratisation, cela veut-il dire qu’il s’agit désormais d’une bureaucratisation positive  ? une bureaucratie souhaitée  ?

Je demande à voir  !


«  Tiens! un avion s’est écrasé…    »

A l’occasion d’un cours donné devant des travailleurs sociaux, un éminent professeur de sociologie, féru de psychanalyse, s’étonnait qu’une telle phrase ait pu traumatiser son garçon visiblement inquiet d’être à bord d’un vol commercial.

L’anecdote n’est pas anodine. Pourquoi ne pas imaginer qu’elle recèle le Rosebud…, une sorte de message crypté, la clé de lecture du cours en question  !?

Ne voulant pas m’attarder sur le dernier terme de cette phrase codée, je prends le parti de croire que c’est l’aviation qui offre la meilleure parabole des enjeux du pouvoir et du désir dans une entreprise.

 

Horizon artificiel

A de nombreux points de vue, l’histoire de l’aviation s’avère être un puissant exemple de l’ambition des hommes contrariée par les pesanteurs de la réalité. Autant les débuts de cette épopée furent une succession d’exploits dont les héros réunissaient des qualités romanesques tels que courage, endurance, générosité… autant aujourd’hui, l’aéronautique n’est plus qu’une foire d’empoigne où le productivisme le plus sauvage le dispute aux pratiques professionnelles les moins attrayantes.

 Par inertie culturelle, le pilote garde toujours un côté glamour aux yeux du public mais ne nous y trompons pas. Si les premiers aviateurs coiffés de leur casque de cuir étaient des véritables aventuriers, désormais le métier est une affaire de procédures et de rigueur, un véritable travail de bureaucrate  : devis de masse, devis de carburant, calcul de la vitesse de rotation en fonction du poids, de la pression atmosphérique et la température de l’air  ; calcul de la puissance nécessaire au décollage en fonction de la longueur de piste. On optimisera ainsi la durée de vie des moteurs. Chaque paramètre, chaque décision répond à des règles prédéterminées. La gageure du pilote moderne consiste à dominer ses instincts pour ne plus se fier qu’à ses instruments, dont le plus important est un horizon artificiel  !

Bureaucratie céleste

Plus éloquent encore, ce ne sont pas les pilotes qui décident de la route, de l’heure de décollage ou d’atterrissage mais les contrôleurs aériens qui, aidés du grand ordinateur de Bruxelles, attribuent à chaque vol des slots (heures de mouvements), itinéraires et niveaux de vol. Le travail des équipages se réduisant à allumer les moteurs et suivre les instruction du contrôle aérien jusqu’à destination.

Confronté à cet appauvrissement flagrant de leur tâche, les navigants se concentrent sur la gestion des systèmes, prévention ou traitement des éventuelles pannes et si nécessaire, sollicitent auprès du contrôle aérien des amendements à leur plan de vol. Un détour pour éviter les orages, un raccourci pour gagner du temps, un niveau de vol plus adéquat afin d’économiser le carburant ou profiter d’un vent favorable, etc.

Mais soyons clair, de nos jours le travail essentiel du pilote n’est ni plus ni moins que scruter des aiguilles derrière les cadrans du tableau de bord ou encore, surveiller les mains de son collègue dans une chorégraphie très précise, établie une fois pour toute par des experts agréés, dans des check lists homologuées.

A peine exagéré, ce préalable fait état d’un domaine d’activité où, contre toute attente, le centre de décision s’est progressivement déplacé de l’homme vers la machine, de l’individu vers l’institution.

Mais le constat de cette évolution ne fournit pas encore une explication à la tendance, s’il en est une. Par ailleurs, à chaque type d’activité si ce n’est chaque circonstance, correspond un mode de gestion optimale. En ce qui concerne l’aviation, c’est le facteur «  sécurité  » qui a induit cette culture de traitement du risque d’erreur, tant au niveau des opérateurs que des instances de régulation. Partant de l’adage que l’erreur est humaine, on comprend mieux maintenant comment et pourquoi la tendance générale tourne à la bureaucratisation  : diminuer la marge de manœuvre pour diminuer la marge d’erreur.

Tout au long de l’histoire de l’aviation, on retrouve selon les contextes, chacun des styles de fonctionnement tels que déclinés dans la Typologie que propose la sociologie des organisations  :

 

Style Charismatique

Mermoz, en développant l’aéropostale à travers les Andes au mépris du danger, puis la première ligne transatlantique, n'est-il pas l’exemple type du personnage charismatique dont les qualités personnelles ont inspiré l’idéalisation d’une profession tout entière  ?

 

Style Coopératif

On retrouve le mode coopératif dans l’esprit de camaraderie qui accompagne la plupart des histoires de l’aviation. Promiscuité des cockpits, plaisirs des anecdotes partagées, etc. L’abondance de forums internet consacrés à l’aviation matérialise un besoin de communiquer, d’échanger, né de la passion. Bien qu’il y ait un ordre hiérarchique indéniable entre le commandant et son copilote, cette gradation avant tout juridique attribue une responsabilité en dernier ressort par la désignation sinon du plus compétent, au moins du plus expérimenté des deux pilotes. Mais toute la dialectique relationnelle et les procédures pendant un vol rappellent que l’erreur est humaine et surtout, que le travail en équipage consiste en une supervision mutuelle, sans considération de rang. Par rapport à l’entreprise, mais aussi par rapport à la réglementation aérienne, l’expression «  après Dieu, seul maître à bord,!» est sans équivoque.

 

Au-dessus de la planète, au-dessus des nuages, les maîtres à bord se sentent privilégiés, hors du rang. Les grandes compagnies nationales ont recours à un subterfuge pour contenir cette insolence potentielle. La composition des équipages est continuellement renouvelée, de façon à ce que les navigants n’aient pas le temps de se connaître. Ainsi, les rapports entre membres d’équipage restent superficiels, formels et professionnels.

 

Style Technocratique

A l’instar de Malraux ou St Exupéry, beaucoup de pilotes ont su cultiver le sens du lyrisme. Néanmoins ce qui réussit à faire tenir en l’air une machine de parfois plusieurs centaines de tonnes est l’aboutissement d’innombrables inventions exclusivement rationnelles et scientifiques. A cet égard, la polyvalence technique du pilote le rapproche de l’ingénieur.

  

Style Bureaucratique

Nous l’avons vu, peu à peu la machine remplace l’homme. Tandis que l’homme devient machine.

  

Style Stratégique

Pendant la seconde guerre mondiale, le cockpit des bombardiers abritait 5 membres d’équipage, aussi indispensables les uns que les autres à la bonne marche de l’avion. Le commandant, le copilote, puis le radio, le navigateur et enfin le mécanicien. Les progrès radio ont rapidement permis de se passer d’un spécialiste. Plus tard, les automatismes permirent d’intégrer les attributions du mécanicien et du navigateur en un seul poste d’ingénieur navigant. Enfin l’amélioration ergonomique des cockpits réduisit la charge de travail jusqu’à limiter les équipages techniques aux 2 pilotes.

En vérité, les progrès techniques permettraient aujourd’hui de se passer complètement de l’équipage, peut-être même en faveur d’une meilleure sécurité puisque l’erreur est humaine. Cependant, on est encore loin d’envisager que les passagers acceptent d’être à la merci d’une machine. A ce stade, il ne s’agit plus tant de rationalité que d’impératifs commerciaux.

La mise en service prochaine de l’A380 pose la barre légèrement plus haut. Dans les couloirs centraux, les passagers sont tellement éloignés des hublots que la vue extérieure leur reste accessible par le biais d’un écran individuel. Toutefois et malgré les efforts drastiques pour tout alléger en matière de conception aéronautique, Airbus n’a pas osé supprimer les hublots.

Ainsi, le critère commercial prenant le pas sur le critère rationnel, on peut penser qu’il s’agit là de choix stratégiques. Et comme tôt ou tard la stratégie à court terme diverge de la stratégie à long terme, on aborde ici les prémices de la dimension éthique du management.

 

Le double crash de Swissair, au propre et au figuré

Emblématique du savoir-faire helvétique, la compagnie nationale a essuyé, depuis septembre 1998, deux revers aux conséquences irréversibles non seulement pour le groupe Swissair, mais pour le pays tout entier. La perte d’un MD-11 au large de Halifax brisait le cercle vertueux d’une longue période de croissance où tout semblait réussir à l’entreprise. Exactement trois ans plus tard, la compagnie voyait ses avions cloués au sol sous le regard ébahi des passagers et du reste du monde. Les banques suisses avaient refusé de payer la facture de carburant alors que la compagnie était endettée de 3 milliards de francs. La faillite de Swissair est consommée en mars 2002, dans un contexte international extrêmement difficile pour toute la sphère aéronautique1. Mais le pire est à venir puisque pour sauver la compagnie nationale, porte drapeau de la suisse dans le monde, on autorise sa fusion avec Crossair. Dés lors la nouvelle entité, Swiss Air International, entraînera dans sa chute la jeune compagnie régionale, fleuron de l’aviation européenne. Il était en effet peu raisonnable de croire que la greffe prendrait entre d’un côté une culture élitiste mais en perte de vitesse et de l’autre côté, une culture jeune et dynamique, faite de compromis et de sacrifices sur l’autel de la productivité.

 

Plus d’éthique, moins de toc  !

Un tel fiasco ne peut que nous alerter sur la crise de sens qui guette la société industrielle, voir la société tout entière. La concurrence a atteint ces dernières années une telle frénésie que certaines organisations en arrivent à se saborder elles même en tentant de suivre la surenchère.

 

Un des exemples les plus frappants est sans doute le sport de haute compétition, où sous la pression de l’argent et des médias, les meilleurs champions sont contraints au dopage pour rester sur les podiums. Dans certaines disciplines les performances atteignent un tel niveau qu’il n’est presque plus possible de revenir en arrière. Surentraînement et substances interdites sont devenus un standard, et pour les sportifs les plus sollicités l’enjeu s’est quasiment déplacé du stade vers les laboratoires.

Ceux qui défendent encore une éthique sur ce point ont définitivement renoncé aux records. La crise de sens ici est à son comble puisque le sport professionnel a enterré lui-même les valeurs dont il était supposé porter le flambeau.

 

Conclusion

Par définition il semble naturel que les actionnaires capitalisent et que les champions gagnent. Si la société devient molle, si faillite de valeurs il y a, n’est ce pas la responsabilité des intellectuels que de mettre en évidence les paradoxes du monde et d’en proposer des concepts vivifiants  !?

 

 

PENSER L???EXCLUSION AUJOURD???HUI

Publié le 21 septembre 2016 à 13:40 Comments commentaires (0)

Pourquoi s’intéresser à l’exclusion ?

Au-delà du motif de se donner bonne conscience, certains sociologues et intellectuels nous proposent de voir dans le phénomène de l’exclusion une sorte de miroir, un outil pour examiner d’une façon différente ce qu’ils cherchent à comprendre. Un peu comme les selles sur lesquelles se penchaient les docteurs de Molière. Ou plutôt les inputs et outputs d’une société que l’on s’appliquerait à considérer comme une boîte noire. Ainsi dit on serait tenté d’inclure dans les exclus non seulement les pauvres mais aussi les fous, les hors la loi, les malades, les vieux ou pourquoi pas les étudiants et les enfants qui eux aussi finalement participent à cette grande congrégation des non productifs.

 

Comment définir l’exclusion ?

On parle naturellement ici de l’exclusion sociale ou économique, de l’exclusion hors des mécanismes que la société a mis en place pour permettre à chacun de vivre selon des critères admis de dignité, de liberté et de bien être. Une société où l’on contracterait une dette en y entrant et dans laquelle l’existence consisterait à apporter sa contribution, se réduit-elle seulement à s’assurer une autonomie socio-économique.

 

Faut-il résorber l’exclusion ?

Quand la liberté des uns commence là où s’arrête celles des autres, quand le désordre dessine la frontière de l’ordre, on peut croire alors que l’exclusion est un élément indispensable du système présumé idéal auquel il fait référence. La question n’est donc pas tant de savoir si il faut mais plutôt si l’on peut résorber l’exclusion. Ou tout au moins la gérer ?

 

 

 

 

 

 

« La force de la communauté se mesure au bien être

… du plus faible de ses membres ».

extrait du préambule à la constitution fédérale

 Je parlerai ici de l’exclusion telle que je l’ai rencontrée dans le cadre de mon mandat de coordinateur du Point-Virgule, structure d’hébergement pour les sans abris.

 L’association La Virgule fut créée il y a une dizaine d’années sous l’impulsion de quelques amis habitant la commune de Lancy. Leurs premières démarches ont consisté à faire accepter par les autorités et la population l’installation de 2 roulottes de chantier afin d’offrir 5 à 6 places en hébergement d’urgence pendant la période d’hiver.

Pour un bénéficiaire, l’hébergement d’urgence est le tout dernier filet de sécurité avant de dormir à la belle étoile, dans des caves ou sous les ponts.

Plusieurs critères permettent de définir l’hébergement d’urgence, à commencer par la gratuité du service, la fermeture du lieu pendant la journée, ou enfin une approche « bas seuil », c’est à dire proposant une prestation sociale sans poser de question et en préservant l’anonymat des bénéficiaires.

  

Le Point-Virgule, un logement communautaire pour sans abris

Quelques années plus tard, la commune de Lancy mit une maison à la disposition de l’association. Ce qui permit de créer un vrai lieu de vie avec une qualité d’accueil et un effort de réinsertion légèrement supérieurs à l’hébergement d’urgence.

Comme son nom l’indique, le point-virgule est supposé être une respiration dans la phrase, une ponctuation dans le parcours de bénéficiaires qui viennent en général de la rue.

Aujourd’hui la structure fonctionne plus ou moins en auto-gestion, avec un encadrement à 30 % assuré par un coordinateur. Ce dernier s’assure entre autres que la maison ne se transformera pas en ghetto, en favorisant les relations avec l’extérieur : voisinage, bénévoles et autres utilisateurs des locaux. De leur côté, les roulottes sont encadrées par un intendant à mi-temps dont le rôle consiste à assurer quotidiennement une permanence aux heures d’ouverture et de fermeture de la structure. En hébergement d’urgence, c’est l’intendant qui fournit la nourriture et assure la gestion du lieu. Dans un lieu de vie, idéalement ce sont les résidents.

Action sociale et exclusion

Ce petit préalable me semblait approprié parce que pour évoquer la place de l’aide sociale dans le système de la protection sociale, je voudrais souligner l’action des organisations associatives et caritatives. Elles soutiennent les plus démunis en prenant le relais des politiques d’aide mises en place par les autorités. Ces politiques d’aide s’adressent prioritairement aux familles et aux personnes qui ont su garder un lieu de résidence. Au moins du point de vue administratif.

A l’image du collecteur d’impôt dessiné par Uderzo dans l’album d’Astérix et le chaudron, l’administration est bien souvent perçue comme une machine à produire des extraits de formulaires. En fait, c’est toute sa vision du monde qui en est réduite à poser des questions à choix multiples. Il faut rentrer dans les cases ! or par définition, les exclus sont des gens qui avant même d’être fragiles sont d’abord réfractaires à la norme.

Par ailleurs, et nous aurons l’occasion d’y revenir plus loin, les situations d’extrême pauvreté voire d’exclusion sont malgré tout d’une grande diversité et difficiles à cerner. On se réfèrera avec intérêt à la description du processus de désinsertion par Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada Leonetti, dans leur ouvrage « La lutte des places » publié chez Desclés de Brouwer en 1994. Où l’on découvre qu’une phase déterminante du décrochage social se caractérise par la rupture spatiale, voire une grande mobilité.

A ce stade, l’outil politique décroche lui aussi de sa mission puisque c’est toute la relation entre le citoyen et la machine administrative qui commence à partir de la domiciliation.


Situations représentatives de différentes formes d’exclusion

Afin de mettre en évidence quelques grands traits de l’exclusion ou l’extrême pauvreté, il serait peut-être plus éloquent d’articuler ce commentaire à partir de cas concrets. Ce qu’avait d’ailleurs fait Didier Tabin dans son livre « Misères à crédit » qui en 1992 reprenait de façon anonyme les témoignages de familles s’adressant aux Centres Sociaux Protestants.

Ici, il s’agit de personnes ayant résidé au Point-Virgule et dont je me permets de reprendre l’exemple avec des prénoms fictifs.

 

André

Commençons par un cas d’école. André, 36 ans, architecte diplômé de l’EPFL, s’est fait expulser de son appartement après 6 mois de loyers impayés. La conjonction ou succession de difficultés, puis ruptures professionnelles et sentimentales suffisent généralement à décourager durablement toute personne. Si elle ne dispose pas alors d’un soutien psychologique de la famille ou de l’entourage au moment le plus délicat d’un tel parcours, la tendance à l’isolement propre à la dépression se transformera rapidement en sentiment d’exclusion vis à vis de la société tout entière. S’étant retrouvé du jour au lendemain sans logement, André passera quelques jours dans la rue avant de s’adresser au Centre d’Action Social et Sanitaire de son quartier. C’est l’assistant social qui l’adressera finalement au Point-Virgule après lui avoir obtenu une rente de l’Hospice Général pour prendre le relais de l’Assurance Chômage qui arrivait en fin de droit.

 

Benoît

Benoît a 33 ans, après son apprentissage il a travaillé comme technicien de maintenance radio-télévision puis, plus tard commercial en bureautique. Avec sa double compétence il n’aurait pas vraiment de souci pour retrouver du travail mais, sans doute à la suite d’un échec sentimental, il a dangereusement sombré dans une consommation de drogue dure qui jusque là était occasionnelle. Comme sa pulsion relève plutôt de l’autodestruction que de la rébellion, il a simplement puisé sur ses cartes de crédit avant de se retrouver endetté au stade ultime. Aujourd’hui, il a encore ce problème de toxico-dépendance, mais aussi la certitude de voir ponctionnée la majorité de son salaire lorsqu’il reprendra un emploi. Alors, en attendant d’y voir plus clair, il vit grâce à la rente de l’Hospice Général qui toutefois lui est versée de semaine en semaine, de façon à ce qu’il ne dépense pas tout son argent le premier jour du mois.

 

Charly

Charly, 57 ans, touche aussi une rente de l’Hospice Général. Plus jeune il a été carrossier et aimait voyager. Il a passé 7 ans en Thaïlande où il tenait un petit commerce avant d’être contraint par l’ambassade de rentrer au pays pour régler un arriéré de taxes militaires. Le choc est rude et la réintégration loin d’être évidente sauf à avoir préparé son retour. Il sera passé par différentes structures d’hébergement d’urgence à Genève, dont l’Armée du Salut, avant d’arriver aux Roulottes de la Virgule. Des douleurs au dos, ainsi que dans la jambe lui font espérer bénéficier tôt ou tard de l’Assurance Invalidité.

 

Didier

Le plus âgé des résidents vient tout juste de fêter ses 65 ans et passe ainsi de l’Assurance Invalidité à l’AVS. Après une carrière de laborantin pour un groupe pétrolier, il a eu une attaque cérébrale il y a quelques années et depuis, souffre de problèmes de concentration, une légère aphasie et des difficultés de coordination au bras droit. Il est intéressant de noter que Didier s’est retrouvé à la rue pour des raisons autres que financières…

En complément de sa rente AI, il touche le deuxième pilier. Mais ses problèmes de santé ajoutés à la crise immobilière ne lui ont pas permis de retrouver un logement après son départ du domicile conjugal. Par ailleurs il n’est plus capable de gérer sa situation administrative et faute de suivi a manqué de peu se retrouver sans revenu au moment du passage de l’AI à l’AVS qui n’est pas automatique.

 

Etienne

Selon le comité de l’association, Etienne, la cinquantaine, est le type même de personnage à qui s’adresse avant tout une maison comme le Point-Virgule. Archéologue de métier, Etienne a fait plusieurs campagnes de fouille en Egypte. Après avoir été délogé d’un appartement communautaire, il a dormi discrètement sur son lieu de travail au musée avant de devenir peu à peu un habitué de lieux d’accueil comme le Carré. Cette structure bien connue du monde social genevois est animée par un abbé charismatique qui quotidiennement nourrit et procure de l’occupation à plusieurs centaines de défavorisés. Contrairement au monde de la rue, Etienne a su conserver ses qualités de rigueur et méticulosité qui lui ont rapidement valu des responsabilités dans l’organisation du Carré. Les quelques 600 Frs de revenus que lui rapporte son activité à mi temps lui permettent de payer un loyer symbolique au Point-Virgule, mais il ne bénéficie d’aucune prestation financière ni ne dispose d’une couverture santé. Pourtant il est de nationalité suisse et a commis pour seule erreur de retirer ses papiers de l’office cantonal de la population à l’époque où il passait beaucoup de temps sur les sites de fouille à l’étranger.

 

François

François est une personnalité attachante du monde des sans-abris, mais dont la situation administrative et socio-économique est particulièrement difficile à appréhender, en tout cas du point de vue d’un fonctionnaire. Né en France pendant la guerre, il a fait toute sa carrière en Suisse comme carrossier, avant de sombrer dans un alcoolisme avancé. Au moment où sa situation se dégradait il a renoncé à son permis C pour récupérer l’argent de son deuxième pilier. Aujourd’hui, il n’a plus rien et plus droit à rien. Les suisses lui disent de s’adresser en France puisqu’il est français, la France le renvoie sur le consulat à Genève puisqu’il y réside, et le consulat répond qu’il ne s’occupe que des français légalement inscrits en Suisse.

Bref, la situation quasi apatride de François ne correspond à aucune case des formulaires de l’administration. Sa santé décline rapidement et son comportement ne s’embarrasse pas des règles de la vie en communauté comme certain devoirs collectifs ou le respect de la propriété d’autrui. Si bien qu’une structure comme le Point-Virgule, partiellement auto-gérée, ne convient plus du tout à son profil. Toutefois, vu sa situation économique, il n’existe aucun autre lieu d’accueil qui voudrait bien l’accepter. A dire vrai, dans un pays comme la France, une personne telle que François n’aurait sans doute pas survécu aux premiers froids d’un hiver rigoureux.

 

Gérard

Petit bonhomme asthmatique, en pré-retraite après une carrière de cantonnier en Belgique, Gérard a décidé de rester en Suisse où le climat est favorable à sa santé dit-il. Très respectueux du système qui l’entretient et des institutions qui l’accueillent, il sort facilement quelques attestations administratives de sa poche en signe de transparence et bonne volonté.

Gérard est connu pour ses exposés de macro économie internationale que lui seul peut comprendre et pour son effort permanent de prouver qu’il est plus intelligent qu’il n’en a l’air. Il est d’ailleurs un joueur d’échecs tout à fait honorable. Mais il se distingue surtout par un besoin irrépressible de s’occuper. Ainsi il aura passé tout l’automne à ramasser les feuilles des arbres au fur et à mesure de leur chute, et rendait compte en nombre de brouettes (au final plus de 700) l’état d’avancement de son labeur. Gérard, qui touche une maigre pension de Belgique, n’aime pas dépenser son argent mais n’est pas avare de ses efforts et sera toujours prêt à rendre service.

 

Henri

Pas encore la trentaine, originaire du Congo Kinshasa, Henri est un digne représentant de cette nouvelle catégorie d’exclus que sont les NEM. Non Entrées en Matière. D’un point de vue administratif, c’est le dernier maillon, la qualité de sans statut avant l’expulsion. Néanmoins Henri, qui a été violemment agressé par des Kosovars au printemps, bénéficie d’un petit papier l’autorisant à séjourner sur le territoire suisse jusqu’au procès de ses agresseurs. En attendant, il n’a droit à aucune aide et c’est grâce à sa prise en charge par la Lavi , une association d’aide aux victimes, qu’il survit avec 200 Frs par mois en tout et pour tout.

 

Réinsertion

Par réinsertion, j’entends toutes les idées qui contribueraient à redonner un sens à l’existence de ces gens à la dérive.

Aujourd’hui à Genève, même les personnes les plus démunies mangent à leur faim. Toute l’année, plusieurs structures distribuent des centaines de repas gratuitement matin, midi et soir. Mais comme le dit Philippe Bossy, ancien responsable du Bateau et désormais en charge du Centre Social Rive Droite créé récemment par les services sociaux de la Ville de Genève : « (…;) pour eux, ce n’est pas tant un problème d’avoir qu’un problème d’être. » Ainsi des endroits comme le Carré, le Bateau ou le Centre Social Rive Droite proposent non seulement des repas mais aussi la possibilité d’occupations valorisantes liées au fonctionnement de ces structures. Il s’agit là d’une forme de réinsertion collective et très rudimentaire.

 

Il va de soi qu’un véritable programme de réinsertion passe par une démarche spécifique à chaque parcours. D’ailleurs, plutôt que le mot réinsertion, je préfère utiliser des termes comme « projet de vie » ou « stratégie de sortie » (…du Point-Virgule, pour laisser la place à d’autres) qui reflètent mieux le type de mobilisation négociable dans les contrats de bail que je passe avec les résidents

 

En effet, en reprenant ce poste au mois de juin 2004, j’avais été frappé de constater que la totalité des résidents étaient en place depuis plus d’un an. Ma première réaction fut alors de penser que la maison était plus une rente de situation pour quelques pauvres bougres qu’une structure sociale à disposition des sans abris. A cette époque, le mot d’ordre pour rester dans la maison était « se faire du bien ». La plupart arrivant de situations difficiles, le Point-Virgule était l’occasion de poser armes et bagages, de souffler un peu et trouver quelques repères. Mais personne ne saurait préjuger du temps qu’il faut pour cela.

 

Aussi me suis je rapidement demandé comment bousculer les inerties tout en construisant la relation de confiance indispensable à la commodité de mon rôle. Evidemment je n’ai pu éviter de me confronter à toutes sortes de résistances, surtout dans le cadre des dynamiques de groupe où je développai un discours stigmatisant certaines attitudes telles que rester toute la journée devant la télévision ou garder ses volets fermés.

 

La classification de Paugam

Pour certains, la vie communautaire dans ses restrictions et ses contraintes peut déjà être une excellente raison de se mobiliser pour chercher une meilleure solution. Pour d’autres, au contraire, c’est la peur de l’isolement qui les conduit à développer des stratégies de précarité appelant une intervention sociale. Il est opportun de savoir distinguer dans le parcours de chacun le contexte, même schématique, qui contribuera à élaborer un projet.

A cet égard, les 6 catégories proposées par le sociologue Serge Paugam coïncident étonnament avec les profils des personnes présentées plus haut :

Antoine et Etienne représentent des personnes fragiles, pour le premier intériorisé et pour le second stabilisé voir négocié. Ainsi Antoine devra avant tout reprendre confiance en lui pour envisager repartir d’un nouveau pied, tandis qu’Etienne consolide petit à petit une situation qui lui convient de mieux en mieux.

Benoît est un cas d’assisté différé, du moins aussi longtemps qu’il n’aura pas résolu son problème de dépendance.

Charly est l’exemple type de l’assisté installé. Dans la maison, c’est lui qui a le mieux investi les divers emplacements comme le balcon sur lequel il a organisé son atelier, ou encore le jardin et l’étang dont il assure l’entretien. Selon son état de santé, selon les ressources (AI, héritage, opportunités,… qu’il obtiendra, il aimerait sans doute retourner vivre en Thaïlande. A cet effet, le Tsunami de décembre 2004 semble avoir réveillé en lui de nouvelles énergies.

Didier, lui, serait plutôt un assisté revendiqué. Non pas qu’il monte au créneau pour réclamer ses droits, mais simplement parce que son statut d’invalide et depuis peu de retraité, lui permet de croire que sa prise en charge va de soi. En tout cas son problème n’est plus vraiment d’ordre économique.

A tout point de vue, François est un marginal. Marginal contestataire même, que ce soit par son éthylisme avancé, son statut de franco-suisse sans papier, ou encore son caractère singulier, cultivant le paradoxe d’une grande sociabilité combinée au refus de se conformer aux règles élémentaires de la vie en société. Une personnalité comme François nécessite un encadrement plus soutenu. Ce qui sera envisageable une fois sa situation administrative réglée en vue d’une prise en charge. 

Gérard aussi est un marginal. Mais derrière son personnage complexé se cachent les qualités d’un précurseur. Les valeurs qu’aujourd’hui il affiche avec conviction sont peut-être celles qui demain inspireront la transition d’une société de plein emploi vers une société de pleine activité, fondée sur de nouvelles formes de travail, d’insertion et de rémunération. En outre, Gérard ne fait pas grand cas des frontières, préfigurant là aussi la nécessité d’un système supra-national.

Pourtant Gérard voudrait simplement se trouver une place de commis dans une ferme. Il travaillerait du matin au soir, en échange d’un bon repas.

Quant à Henri, c’est un marginal contraint, mis au ban de la société par des définitions arbitraires et une réglementation sans appel. Dans son cas, la société n’a pas d’autre solution, pour soigner son exclusion, que l’expulsion. Voilà ce qui s'appelle une rime riche.

 Vers une Allocation Universelle ?

Peut-on résumer la situation en quelques mots :

progrès –> mondialisation –> concurrence –> productivité –> flexibilité –> précarisation –> exclusion --> …

Comme l’explique l’économiste américain Jeremy Rifkin dans son best-seller  Une société sans travail, si jusqu’au siècle dernier les gains de productivité ont été régulièrement compensés par des transferts massifs de main d’œuvre vers les nouveaux secteurs d’activité, aujourd’hui ce processus arrive en fin de cycle et nous prenons le chemin d’une diminution inéluctable du nombre d’emplois. Tôt ou tard, il faudra bien redessiner les mécanismes économiques qui permettront à notre société de fonctionner selon un système visant au bien être du plus grand nombre. Un système démocratique.

 

Il est intéressant de comparer les essais des économistes Philippe Van Parijs et Denis Clerc, respectivement pour et contre l’idée d’une allocation universelle. Le premier fait de puissantes conjectures sur les modalités et les coûts de différents modèles, pour conclure à une proposition d’allocation sans condition de ressources ni de travail, dont le principal mérite est de simplifier au maximum la fonction administrative et le contrôle par l’Etat.

Le second, Président de l’association Economie et humanisme, s’inquiète du risque de faire de l’anti Robin des Bois, prenant aux pauvres pour redonner aux riches. Comme toujours, on assiste à la confrontation des idéologies, droite contre gauche, économie contre social.

Sans vouloir intervenir dans ce débat qui ne date pas de hier, il me semble judicieux d’explorer d’abord toutes les pistes qui inciteraient les employeurs à favoriser la main d’œuvre avant le bénéfice.

 

Capital humain et capitaux financiers sont les deux pendants d’une même notion : le Pouvoir. La quête de pouvoir est sans doute un particularisme intrinsèque de l’homme, mais selon les valeurs célébrées par la société, ce pouvoir a vocation à rassembler ou au contraire à diviser.

 

Un monde plus juste

Pendant la guerre froide et encore aujourd’hui, dans le conflit au Moyen-Orient, le tout venant croit à tort que l’on assiste à la confrontation de deux cultures opposées : Est contre Ouest ou Palestine contre Israël. En réalité, l’affrontement le plus irréductible réside à l’intérieur des deux camps.

Les tenants de la Paix contre les tenants de la Guerre. Les modérés contre les extrémistes.

Elargie à la dimension universelle, cette dichotomie se retrouve dans le masculin et le féminin que l’on associe respectivement à l’instinct de conquête ou de protection. Pourtant la vie naît de la rencontre entre ces deux genres. Aussi ne semble-t-il pas naturel que c’est en redonnant sa place aux valeurs du féminin qu’on favorisera une société mieux équilibrée ?


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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